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Bilan de l’action 2013-2014

Bilan 2013-2014 du projet « Créatifs et Citoyens, les jeunes s’engagent ! »

L’entretien ethnographique, révélateur de l’engagement des jeunes

L’approche ethnologique du projet s’est concentrée sur l’apprentissage par les élèves des techniques de l’entretien ethnographique tel qu’il est pratiqué dans l’enquête de terrain, pour « voir ce que les autres voient sans voir ». La première étape a consisté, pour les élèves, à se poser des questions du point de vue du regard de l’ethnologue: comment élaborer une trame d’entretien commune et suffisamment ouverte ? comment conduire un entretien sans induire la réponse, en restant à l’écoute et en ajustant les questions ? comment vérifier qu’un entretien a été bien mené (relances adéquates, capacité de rebond, etc.)?

En même temps, les élèves ont été familiarisés avec la technique de captation vidéo, le projet CCJE ayant pour but de diffuser les témoignages et de permettre d’en garder une trace.

Conception d’une trame d’entretien ethnologique autour de la notion d’ « engagement »

Plus de 80 élèves des établissements participants ont été formés lors de la journée de formation du 9 décembre 2013 au lycée Schumann de Charenton-le-Pont à la conception d’une trame, la conduite d’un entretien, la captation et la critique en petits groupes de l’exercice.

À la suite de ce temps de formation, une trame d’entretien ethnologique a été a été transmise à tous les établissements, elle était articulée autour de cinq grands points :

  • La notion d’engagement: Est-ce que tu te sens engagé ? Que signifie cette notion pour toi ?
  • Les origines de l’engagement: Quel a été le déclic de ton engagement ? Qu’est-ce qui t’a poussé à t’engager ?
  • La nature de l’engagement: Que fais-tu concrètement ?
  • Les apports: Quelles sont les retombées de ton action pour toi ? Pour les autres ?
  • Les freins et soutiens: As-tu rencontré des difficultés, des freins à ton engagement ? As-tu reçu des soutiens ?
  • La transmission de sa posture engagée: Qu’aurais-tu envie de dire aux autres jeunes pour qu’ils s’engagent ? Ou bien sur l’engagement ?

En quête de jeunes « créatifs et citoyens » engagés…

Dès janvier, les personnels scolaires engagés dans le projet ont communiqué sur celui-ci dans leur établissement. En lien avec les élus des Conseils de Vie Collégienne (CVC) et Conseils de Vie Lycéenne (CVL), ils ont rassemblé les élèves intéressés à participer aux entretiens. Les élus CVC et CVL ont eux-mêmes souhaité témoigner de leur engagement au sein de leur établissement et ont relayé l’appel à participation auprès des élèves de leurs classes et des jeunes investis dans diverses formes d’engagement citoyen, y compris en dehors des établissements.

En préalable aux ateliers, une rencontre a été organisée dans chaque établissement entre les personnels en charge du projet, les ethnologues intervenants et, pour certains collèges ou lycées, les élèves eux-mêmes. Cette première rencontre a permis de fixer le calendrier des interventions et de repréciser le déroulement et l’intention du projet. Toutefois la mise en place du projet au sein des établissements s’est déroulée en dehors de la présence des ethnologues intervenants, si bien qu’il leur a été impossible de questionner la façon dont les élèves comprenaient ou interprétaient la notion d’engagement « créatif et citoyen ». De même, les ethnologues n’ont pu ni observer ni participer au repérage des porteurs d’expériences d’engagement, convenir avec les élèves des lieux où se dérouleraient les entretiens, comprendre pourquoi tel ou tel lieu était choisi, etc.

Des entretiens individuels..

Entre janvier et mai 2014, les deux séances d’ateliers se sont déroulées dans chacun des 12 établissements, où les ethnologues ou les élèves assistés d’un intervenant de l’association ont interrogé 5 à 8 jeunes sur leurs diverses formes d’engagement à l’intérieur de l’établissement et en dehors.

Le dispositif a fonctionné plus facilement dans les lycées, où la prise de parole a très vite débouché sur des questions relatives à la vie de l’élève/du jeune hors établissement, que dans les collèges où les élèves ont été davantage inhibés par la présence de plusieurs adultes, de la caméra, etc.

Le projet a révélé une forte attente des jeunes en termes d’espace d’expression

Le recueil des entretiens individuels devant le groupe d’élèves participant au projet dans chaque établissement a mis en évidence que les jeunes ne connaissaient pas leurs engagements respectifs et souhaitaient en discuter plus avant. C’est pourquoi des entretiens collectifs (disponibles sur le site) ont été proposés par les ethnologues, permettant de revenir sur les entretiens individuels et d’aborder les questions plus transversales qu’ils posaient.

..aux entretiens collectifs

Les consignes de l’entretien collectif étaient différentes de celles des portraits individuels. Il s’agissait d’insister sur les « apports indirects » de l’engagement dans l’existence des jeunes rencontrés, sur ce que l’engagement associatif apporte « dans la vie d’un jeune » appréhendé dans « sa globalité ». L’idée étant ici de restituer « la vie de l’engagement » et comprendre comment les jeunes le vivent. Les entretiens devaient permettre d’approfondir, en groupe, les portraits filmés auparavant. Plusieurs options ont été testées :

  • interpeller le groupe (Qu’avez-vous envie de dire sur ces premiers entretiens ? Avez-vous envie d’approfondir certains points ? (les solliciter à relancer leurs camarades) ;
  • s’emparer de ce temps d’échange, moins formel, pour relancer les enquêtés sur la base de la trame proposée. L’idée étant de ne pas balayer tous les thèmes, mais de les sélectionner en fonction de ce qui avait été dit ;
  • profiter de ce temps d’échange pour interroger les autres élèves sur divers thèmes sélectionnés, en fonction de la dynamique du groupe et de ce qui aura été dit auparavant.

L’œil de l’ethnologue : comprendre l’engagement de ces jeunes « créatifs et citoyens »

La notion d’engagement a présenté un biais dans le dispositif, sa compréhension s’est révélée très différente selon que les élèves avaient ou pas été préparés aux ateliers dans les établissements. Pour ceux qui n’avaient pas pu participer à la journée de formation, le mot même d’engagement posait problème dans le sens où les élèves ne le reliaient pas forcément à leur expérience.

À la notion d’engagement considérée comme « lourde », ils préfèrent celle d’investissement qui implique à leurs yeux une idée de motivation personnelle et de plus grande liberté d’action, l’engagement étant souvent perçu comme un contrat empreint de rigidité et contrainte. Par ailleurs, les jeunes ne se reconnaissent pas forcément eux-mêmes comme étant « engagés ». Ils ne prennent conscience de leur engagement qu’à travers ce que le projet, les personnels éducatifs et les ethnologues leur renvoient. Les ateliers et outils ethnographiques, quand ils s’appuyaient sur les représentations des jeunes, ont suscité une meilleure compréhension de la notion et une appropriation de celle-ci.

En questionnant la notion d’engagement, les élèves interrogent la notion d’éducation, le rôle de l’enseignant et des équipes éducatives. Plus largement, beaucoup d’élèves ont pointé la difficulté à concilier leurs engagements à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de l’établissement, avec la sphère strictement scolaire. Certains d’entre eux déplorent la réprobation de certains enseignants alors que l’institution même encourage l’engagement des jeunes à travers une série de dispositifs comme Les semaines de l’engagement.

À travers les témoignages de ces jeunes, on comprend qu’ils aspirent à être pris en compte et accueillis en tant que personnes (des citoyens en devenir) et pas seulement en tant qu’élèves dans leurs établissements scolaires. En cela, au-delà de sa dimension ethnographique, le projet est apparu comme un tremplin privilégié pour instaurer un dialogue entre les adultes (équipes pédagogiques et parents) et les jeunes sur ces questions.

L’ensemble des témoignages révèle que les jeunes ne se considèrent pas en rupture ou en opposition avec l’école ou la famille, mais plutôt dans une tension qui peut être positive dès lors qu’elle est porteuse d’une analyse positive. Les lycéens notamment sont conscients que le lycée est le lieu où ils préparent leur avenir, ils s’y engagent pour apporter des solutions à ses dysfonctionnements et en général améliorer le quotidien des élèves. Cela rejoint les attentes de plusieurs CPE qui voient dans ce projet une possibilité de favoriser le climat scolaire et un levier d’investissement des élèves dans leur établissement.

« Un lycée où on se sent bien, c’est un lycée où on a envie de travailler »

L’engagement – ethnographique – des jeunes : un facteur pluriel de construction sociale vs. stéréotypes sur une jeunesse désincarnée et désenchantée

Le projet déconstruit l’image d’une jeunesse en rupture ou apathique même si les jeunes interrogés conviennent que beaucoup d’autres ne s’engagent pas soit qu’ils sont « vissés à leurs jeux vidéos », soit aussi qu’ils ne trouvent ni où ni comment s’engager. Néanmoins aucun ne s’érige en donneur de leçons ou en modèle, mettant surtout en avant la notion de liberté de choisir ou pas d’être engagé ou d’opter pour telle ou telle forme d’engagement.

Les freins à l’engagement les plus souvent mentionnés sont les suivants : le temps, les parents et les enseignants. En ce qui concerne les parents, il existe aussi une tension dès lors que les parents sont soumis à une injonction contradictoire, entre désirs de réussite scolaire et d’épanouissement en tant qu’individus de leur enfant. Quant à lui, l’élève ne perçoit pas cette contradiction travail/plaisir avec la même intensité.

Les points abordés dans les entretiens individuels correspondent aux questions de la trame qui aborde la notion d’engagement, les pratiques, les apports, les ressorts ou déclics, les freins et les appuis, la transmission d’expérience.

Les thèmes abordés dans les entretiens collectifs sont plus transversaux :

–          La sociabilité juvénile : Est-ce que tu t’es fait des amis ? Comment tu les as rencontrés ?

Il s’agissait d’insister sur les moments de convivialité, sur le partage de repas, sur l’importance du lieu et sur l’appropriation de l’espace mis à la disposition des collégiens ou lycéens dans leur établissement. Qu’est-ce que ce lieu ? Qu’est-ce qu’il représente ? Est-ce que vous vous y sentez chez vous ? Si oui, recueillir des exemples concrets d’appropriation du lieu (affichages, présence de « touches personnelles » – une plante, des photos, des ustensiles de cuisine, etc.-, mobilier (canapé, table basse, etc.) – tout ce qui peut renvoyer à l’idée d’une appropriation personnelle du lieu.   Est-ce que les rencontres se font simplement autour de votre projet ou il vous arrive de vous voir en dehors ? Dans quelles circonstances ? Identifier ici la porosité ou l’imperméabilité des frontières entre « vie associative » et « vie personnelle ».

–          La construction identitaire / le sentiment d’appartenance à un groupe : Qu’est-ce que l’engagement t’apporte dans ta vie personnelle (au quotidien) ? Donne-moi des exemples ? Des petits détails pour que je comprenne bien ? Ici recueillir des anecdotes plus approfondies que celles captées dans les portraits. Comment tu qualifierais les personnes avec qui tu es investi ? Ils représentent quoi pour toi ?

  • La reconnaissance à plusieurs niveaux (statutaire mais aussi personnelle) : Est-ce que tu parles de ton engagement autour de toi ? À qui ? Qu’est-ce que tes amis en pensent ? Tu en parles avec eux ? Qu’est ce que ta famille en pense ? Tu en parles avec eux ? Tu parles de quoi ? Et au niveau de ta scolarité ; tes professeurs sont au courant (si l’engagement est hors CVL ou CVC) ? Qu’est-ce qu’ils en pensent ? Raconte-moi un moment où tu t’es senti particulièrement valorisé ? Un moment dont tu te souviendras ?
  • L’émancipation (avec comme hypothèse que l’engagement pourrait être perçu comme un « sas » entre l’école et la famille ; deux dimensions encore prépondérantes à leur âge) : Quelle place tient ton engagement entre ta vie familiale et dans ta vie de lycéen ou de collégien ? Qu’est-ce que tu peux faire à l’association et que tu ne fais pas chez toi ou à l’école ? / Qu’est-ce que permet ton engagement ? Quand tu es sur ton projet / dans ton action, c’est un moment de quoi ? Comment tu le qualifierais ? Mettre la réponse en perspective avec la sphère familiale et scolaire

En lien avec la notion d’émancipation, celle de la prise d’autonomie et plus largement la prise d’initiative plus grande qu’offre le monde associatif par opposition au milieu professionnel ou scolaire où cette disposition est moins valorisée. Dans ce cas, l’association pourrait être appréhendée comme un « lieu d’expérimentation » : l’investissement associatif permet aux jeunes d’avoir le sentiment de « travailler sans les pesanteurs du travail », l’engagement est perçu comme les « prémices d’une formation professionnelle » permettant aux jeune de s’inclure dans des « actions sérieuses » et d’endosser des responsabilités (parfois quasi professionnelle) tout en ayant le droit à l’erreur et la possibilité de recommencer.

  • L’acquisition de compétences: dispositions ou aptitudes potentiellement transposables dans leur future vie professionnelle. Ces compétences peuvent relever d’un « savoir-être », d’une aisance relationnelle ou d’une capacité plus large à s’adresser en public.
  • La découverte d’un univers inconnu: l’engagement, dans ce cas, favoriserait la création de nouveaux liens et la sortie d’un « entre soi », social mais aussi générationnel.

Découvrez l’appel à participation du projet « Créatifs et citoyens, les jeunes s’engagent! » en cliquant sur l’image ci-dessous:

Affiche appel

"Bilan 2013-2014 du projet « Créatifs et Citoyens, les jeunes..." Une réalisation Avec le soutien de